À propos

Ce site rassemble et met en valeur les caricatures de la presse française — celles qui font sourire, celles qui font grincer des dents, et celles qui, parfois, changent le regard qu’on porte sur l’actualité. Mais pourquoi s’intéresser d’aussi près à quelques traits de crayon ? Parce qu’en France, la caricature n’est pas un simple divertissement : c’est une tradition, une arme et, souvent, un symbole.

Une tradition bien française

Tout commence vraiment au XIXe siècle. En 1830, Charles Philipon lance le journal La Caricature, puis Le Charivari en 1832, et confie ses colonnes à un certain Honoré Daumier. Daumier croque le roi Louis-Philippe en poire — une image si efficace qu’elle vaut à son auteur six mois de prison. La leçon est posée dès cette époque : le dessin peut dire, plus vite et plus fort qu’un article, ce que le pouvoir préférerait ne pas entendre.

Cette veine ne s’est jamais tarie. Le Canard enchaîné, né en 1915, en a fait une signature toujours vivante. Charlie Hebdo, héritier de Hara-Kiri, a poussé la satire jusqu’à ses limites les plus inconfortables à partir de 1970. La caricature française a ses codes, ses cibles favorites, et une irrévérence assumée envers tout ce qui se prend trop au sérieux.

 

Une arme au service de la liberté d’expression

La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse a ancré en France un principe simple : on peut critiquer, tourner en dérision, exagérer les traits d’un responsable politique, sans que cela constitue un délit en soi. La caricature est l’expression la plus condensée de cette liberté : un dessin va souvent plus loin, plus vite, qu’un éditorial, précisément parce qu’il joue sur l’exagération et le symbole plutôt que sur l’argument.

Le 7 janvier 2015, l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo a rappelé, tragiquement, que ce droit au dessin n’est ni acquis partout ni sans risque. Le mouvement « Je suis Charlie » qui a suivi a montré à quel point la caricature, bien au-delà des dessinateurs eux-mêmes, était devenue un symbole collectif de la liberté de la presse.

photo de l’auteur, le pont Rialto à Venise le 11 janvier 2015

Critiquer, simplifier, faire réfléchir

La force de la caricature tient à ce qu’elle fait en quelques traits ce qu’un long article met parfois des paragraphes à exprimer : elle résume un rapport de force, tourne en ridicule une posture, ou révèle un mensonge par l’exagération. C’est un raccourci — parfois injuste, souvent cruel — mais qui a toujours accompagné la vie démocratique française, des combats politiques du XIXe siècle aux polémiques de l’actualité immédiate.

Des limites qui font débat

Cette liberté n’est pas sans tensions. Depuis 1881, le blasphème n’est plus un délit en France (sauf dans le régime particulier d’Alsace-Moselle), mais l’injure et la diffamation, elles, restent punissables — la frontière entre les deux fait régulièrement débat devant les tribunaux comme dans l’opinion. Les caricatures visant des religions, notamment après les crises autour des caricatures de Mahomet, ont ravivé un débat toujours ouvert : jusqu’où peut — ou doit — aller le droit de rire de tout ?

Ce site ne tranche pas ce débat à la place du lecteur. Il archive, classe et donne à voir ces dessins, pour que chacun puisse se faire sa propre idée sur une pratique aussi ancienne que la presse elle-même — et tout aussi vivante aujourd’hui qu’il y a deux siècles.